Dead Zone - L'Accident
Traduction anglaise : The Dead Zone.
Publication : Août 1979.
Synopsis sans trop de spoil :
Après une soirée mouvementée et romantique, durant laquelle un pouvoir de mentaliste semble apparaître, Johnny Smith, notre héros, jeune trentenaire sympathique, tombe dans le coma pendant 4 ans suite à un accident de voiture. A son réveil, son pouvoir est décuplé, et il peut lire dans les pensées, l'histoire, et même plus, de chaque individu qu'il touche. Au fil de cet assez court roman, on apprend à découvrir ce pouvoir avec Johnny et ses conséquences sur la vie de Johnny et sa psyché. Il va utiliser ses pouvoirs pour de nombreuses bonnes actions que l'on va suivre le long du livre, mais subira à chaque fois un contre-coup. Bref, tout ne va pas bien dans la vie de Johnny. En parallèle, nous suivons l'ascension fulgurante de Greg Stillson, qui devient politicien par de sordides stratégies. En troisième partie de bouquin, Johnny va toucher Greg ..
Mon avis global (sans spoil) :
De façon générale, Dead Zone est souvent noté comme faisant parti des romans majeurs de la bibliographique de Stephen King, je n'en suis vraiment pas convaincu. Pour moi, c'est un livre assez léger qui a eu la chance d'avoir une adaptation cinématographique avec un bon réalisateur et bon acteur. Ma relecture de ce livre, à l'été 2021, 20 ans après la première lecture, n'a pas été un grand moment.
Le livre commence bien, je me suis attaché au couple Johnny-Sarah dès le début, et leur non-futur devient de plus en plus inéluctable plus la lecture avance. Ca, c'était bien joué.
Mais les réactions de Johnny n'ont cessé de me sortir du livre, soit démesurées, soit trop dans la retenue. Ses questionnements ne m'ont pas touché, je les ai même trouvés parfois peu crédibles. Je n'ai eu aucune compassion pour lui, je n'ai pas compris ses doutes. Puisque tout le livre est basé sur la psyché de Johnny, forcément, j'ai souvent grincé des dents.
Les (rares) passages où Johnny utilise son pouvoir à bon escient, le livre est chouette, mais sinon ..
Et puis, je n'ai pas du tout été convaincu par le diabolisme de Greg Stillson.
Sur la dernière partie du livre, le lecteur et le héros dépriment en même temps, pour finir par sombrer en fin de livre.
La crédibilité des agissements des personnages (surtout du héros) m'a frustré tout le long du livre, et le final a accentué ma frustration. Bien sûr, il y a les fulgurances de King habituelles, mais pas assez pour moi dans ce roman.
La structure :
J'ai beaucoup aimé la structure du livre, les chapitres s'enchaînent par ordre chronologique : c'est basique, mais il y a d'excellentes idées.
Ce petit chapitre, perdu au milieu de nulle part, qui raconte le passage d'un vendeur de paratonnerre, qu'on ne connait pas et qu'on ne reverra pas, dans un bar paumé de la pampa américaine, ce vendeur de paratonnerre se fait méconduire .. et dont on a la conclusion morbide de nombreuses années plus tard ... ce petit chapitre est génial !
Le scénario (à partir de cette rubrique, je spoile) :
En fait, le scénario suit les errances de Johnny, donc la plupart de mes critiques sur le livre vont être dans la rubrique "personnages".
Le début installe l'intrigue avec qualité, le don de Johnny est vite connu, décrit. La relation avec Sarah aussi. La découverte de Greg Sillson est aussi intéressante. Le début est bon !
Les premiers doutes de Johnny arrivent, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Ces doutes forment un ventre mou.
Deux passages du livre ont été des petites récréations pleines de plaisir : l'arc de l'étrangleur de Castle Rock (je n'avais pas tout de suite perçu que l'étrangleur n'était pas Greg Stillson, je pensais que c'étaient les mêmes), puis l'arc de Chuck Chasworth, avec le début des recherches sur Greg Stillson. En fait, tous ces moments durant lesquels Johnny utilise à bon escient son pouvoir.
La rencontre avec Greg survient au dernier quart du livre, c'est donc la fin, et à partir de là, le scénario part en sucette.
Les personnages :
Johnny est en début de livre un personnage agréable, joyeux, cultivé, vivant. Son accident et son don le transforment, normal, c'est son traumatisme. Mais clairement, ça va trop loin : il est fatigant, ses doutes sont pénibles, parfois peu compréhensibles. Pfiouuuu .. qu'il est déprimant.
Sa relation avec Sarah est bien décrite, triste à souhait, même si Sarah n'a au final que peu d'intérêt dans le livre, elle est juste un prétexte au malheur de Johnny.
Greg Stillson est le petit piment sucré du livre, un personnage agréable à découvrir : ouf ! Bon, le personnage semble être un mafieux, violent, populiste, manipulateur, mais est-il le néo-nazi décrit par la 4ème de couverture ? Je n'ai pas du tout été saisi d'horreur par les faits de Stillson, ni par son idéologie qui n'est pas vraiment évoquée. Son ascension ne semble même pas si claire que ça. Je trouve trop rapide la diabolisation par Johnny de Greg Stillson, ce qui rend très peu crédible la fin ..
La fin :
Pour moi, la fin du livre est un désastre scénaristique, rien à voir avec les fins légérement expédiées habituelles de Stephen King.
Pendant tout le livre, on suit un personnage résolument humain, démocrate, sans aucune violence, et cet homme va résoudre le problème Greg Stillson par ... une balle dans la tête .. ?? C'est incompréhensible pour moi. Alors, certes, les doutes sont décrits dans le livre, mais l'option n'aurait jamais dû être celle-ci, il y avait tellement d'autres manières de descréditer Greg Stillson.
Et le twist final avec l'enfant-bouclier en est la preuve : était-ce cette dernière image que King voulait dans son livre ? C'est possible : le symbole est fort, l'image est choquante, ça fonctionne !
Le film, la série :
Dead Zone, de David Cronenberg (1983) :
Voici un film qui repose beaucoup sur son acteur principal, Christopher Walken, magistral dans ce film dans le rôle (bien sûr) de Johnny. Le scénario suit globalement celui du bouquin, avec des scènes mineures différentes (qui vont dans le même sens), mais les scènes majeures restent identiques. La fin est aussi relativement identique, et le manque de crédibilité (que je perçois) du livre est dans le film.
Poignant, bien réalisé, mais désormais un peu vieillot, ce film retrace la vie après-coma de Johnny avec toute sa psyché, correctement développée, mais un film reste un film, et le film saute certaines étapes de tous les questionnements du roman, qui sont pourtant la sève du livre, donc le livre est mieux que le film, comme d'habitude.
Dead Zone, la série (2002) :
On suit Johnny le long de 6 saisons, et c'est carrément long. L'épisode pilote résout déjà énormément d'éléments du roman : l'accident, le réveil, les premiers pouvoirs (l'incendie chez l'infirmière, ...), et aussi le tueur en série. Ensuite, on s'ennuit durant plusieurs épisodes filler où tout arrive à Johnny : on est dans un profil de série à la Code Quantum, au Caméléon, ces séries des années 90 où le héros semble beau, grand, fort. Le problème, c'est que la série a plus de dix ans de retard sur son époque, avec de nombreux épisodes sans intérêt (j'en ai zappé nombreux d'entre eux), et la série dénature l'oeuvre de Stephen King.
Johnny est un personnage assez malaisant. Tout d'abord, il est devenu dans cette série un surdoué : il pilote un avion, il est enquêteur, il est boxeur, il est tireur, il sait tout faire .. : rien à voir avec le bouquin. Son pouvoir est énormissime, il peut voyager dans le passé, dans le futur, mourir et revenir en arrière, mais Johnny n'arrive pas à l'utiliser tout le temps, seulement quand le scénario l'impose. Aussi, je n'appréciais pas forcément le Johnny du roman, mais celui de la série, sous un air de gendre idéal, m'est gênant : notamment ses relations avec les femmes : il couche avec tout ce qui bouge, en profitant à mort de son pouvoir pour draguer, les femmes sont aussi super faciles (Sarah ... argh, Dana ...) dans cette série à la limite de la mysoginie. Il y a aussi sa relation pseudo-amicale avec Walt (shériff et mari de Sarah) pas forcément bien construite.
Le dernier épisode de la première saison nous présente un bon Greg Stillson, moins loufoque que dans le roman mais tout aussi inquiétant, mais ce seul épisode est encore hyper dense (alors que l'on vient de s'ennuyer durant toute la saison) : l'arc de Chuck, la coucherie avec Sarah, l'ascension de Stillson, les doutes de Johnny, et ça se termine par une poignée de main entre les deux. Et il reste encore cinq saisons !!
Ensuite, sur les saisons 2 et 3, on est dans un délire de voyage dans le temps, peu crédible, avec de grosses ficelles scénaristiques et des contradictions notamment sur les pouvoirs de Johnny. La gestion de l'enfant (qui troque d'ailleurs le prénom Johnny en Junior en pleine série) est tellement lourde sur ces épisodes, et je n'aime pas l'actrice qui joue Rebecca, qui prend le rôle du Johnny du roman en tentant d'assassiner Greg.
Cette lutte contre l'apocalypse par les voyages dans le temps (qui aurait pu être intéressante) se résoud (ou pas, ou on n'en sait rien ...) dès l'entame de la 4ème saison. A partir de là, s'installe une histoire d'amour de Greg Stillson et l'ingérance d'un certain Janus : c'est long, c'est très peu intéressant. La saison 5 est absolument inutile. Et la saison 6 l'est aussi, la série se débarrasse de Walt et de Bruce (preuve que la série arrivait en bout de chemin), puis essaie de rendre sympathique Greg (désormais amoureux de Sarah, mais devenu complètement nul), pour un dernier twist .. mais il n'y aura pas de suite, donc ce dernier twist est volontairement sans réponse ..
Bref, c'est beaucoup de temps perdu si vous voulez retrouver un peu du roman. Au cas où, l'anthologie est : Saison 1 (1,2,13) - Saison 2 (6,19) - Saison 3 (1,2,12) - Saison 4 (1,9 un peu) - Saison 5 (1,11) - Saison 6 (1,3,12,13) et quelques miettes ailleurs.
Ca se lit que je n'ai pas aimé ?
Mon avis écrit quand j'étais ado, sans trop d'avis au final :
Ce livre est assez passionnant. On y retrouve pas l'horreur ou le frisson que l'on retrouve dans les autres livres de Stephen King mais il y a du suspense pendant tout le livre (surtout à la fin). Le livre raconte l'histoire d'un homme qui n'a pas beaucoup de chances ... et qui sera malheureux après ses 4 ans de coma. Sa vie est racontée d'une manière plutôt poignante de la part de Stephen King et on ne peut que vouloir connaître la fin du livre. Un livre qui n'est pas un chef d'oeuvre mais qui est à lire.