Cujo
Traduction anglaise : Cujo.
Publication : Août 1981.
Synopsis sans trop de spoil :
Il y a deux Saint-Bernards connus dans notre monde : Beethoven et Cujo, ils n'ont pas le même destin !
Cujo est un très gros chien, gentil comme tout avant de se faire mordre par une chauve-souris : la Rage !
Tad est un l'enfant de 4 ans de Donna et de Vic qui fait des cauchemars : la Rage !
Cujo vit dans une maison complètement paumée en haut d'une colline, dans une famille très rétrograde : Joe un mari violent, Charity femme désabusée, Brett l'enfant qui s'inquiète pour son chien : la Rage !
Donna a une aventure avec Steve, et Vic l'apprend : la Rage !
Donna a une voiture qui déconne : la Rage !
Donna va avec Tad chez le garagiste Joe réparer sa voiture : Cujo est là, la voiture ne démarre plus : la grosse Rage !
Mon avis global (sans spoil) :
Je n'avais pas du tout envie de me replonger dans ce livre. Je n'aime pas vraiment les huis clos, et les histoires de monstres surpuissants ne sont pas non plus ma came. Bref, le synopsis ne me plait pas.
Mais Stephen King est un génie !
Et les relations entre les personnages sont tellement bien travaillées, tellement humaines, avec une grosse dose de crasse, que ce roman devient très bon. Les histoires des deux familles, témoins de cette Amérique profonde, les ravages de la solitude, des silences, de l'alcool (encore une fois), accompagnent ce huis clos. J'ai beaucoup aimé toutes ces parenthèses, et le suspence quant à la fin de l'histoire est bien gardée (j'en parlerais plus tard). J'ai dévoré ce bouquin, tel un Cujo enragé.
Je parlerais plus tard de la fin.
La structure (je commence à spoiler légèrement) :
C'est une bouillie au niveau de la structure. Tout s'enchaîne sans aucune numérotation, sans chapitrage, dans un ordre plutôt chronologique. Une seule ligne blanche signale qu'on change de personnage. C'est un gros pavé, qui conforte ce sentiment de huis clos.
A noter que le duel Cujo-Donna débute à la page 188, sur 374 pages, soit globalement à la moitié du roman.
J'ai apprécié aussi l'arrivée des enquêteurs en fin de roman.
Le scénario (je spoile, rappelez-vous en) :
La première partie établie les relations entre les deux familles, elle nous emmène progressivement vers le duel, que je connaissais donc je n'ai pas eu de surprise. L'issue du duel est cachée par Stephen King, ce qui est assez rare.
L'exclusion de tous les protagonnistes qui pourraient aider Donna et Tad est très bien ficelée. Plus le huis clos perdure, moins le nombre de possibilités d'être aidé existe. La chaleur extrême rajoute une urgence à la situation. Tous les personnages réagissent en plus plutôt intelligemment face à la situation, même si pour Donna, j'aurais envisagé une autre statégie : elle pourrait, je pense, pousser sa voiture, remonter dans la voiture, ressortir pour pousser, mètre après mètre, pour ensuite amorcer la descente.
A noter que cette histoire ne pourrait plus se dérouler à notre époque, le portable aurait gâcher tout notre plaisir.
Les personnages :
Il y a beaucoup à dire sur les personnages de ce roman, sur les relations familiales.
Mais d'abord, Cujo, le protagonniste principal, ce n'est qu'un chien qui a la rage. Son point de vue est décrit par Stephen King dans le roman, sa folie, son mal être, sont très bien décrits.
Ce roman nous piège : il y a trois personnages qui sont très bien racontés en début de roman, et les deux (Charity et Vic) qui semblent les plus aboutis, seront absents de l'action du livre.
Vic semble être le héros du roman : très attentif à son fils, on apprend ses déboires professionnels, et même familiaux. Il subit son erreur d'avoir négligé sa femme par rapport à son travail. Il subit globalement tout le roman, mais il est dans la réflexion, peut prendre de bonnes décisions.
Donna, sa femme, est un peu moins intéressante, car sa vie l'est finalement moins. C'est elle l'héroîne de l'histoire au final, celle qui vit l'action, qui subit l'action aussi. Tad, leur fils, a un rôle mineur, comme l'aurait un enfant de 4 ans dans cette situation.
Dans l'autre famille, les Chambers, Charity est primordiale dans la première partie du roman. Elle se bat, avec des moyens limités, pour ce qu'elle veut, avec une volonté très forte, parfois violente. SK est considérablement moderne la concernant, avec un écho fort pour le combat féministe, assez peu commun pour l'époque. C'est le personnage le plus charismatique de ce roman, mais disparait dès qu'elle quitte la ferme. Brett n'a pas beaucoup d'intérêt. Joe, le père, est un bourru, violent, machiste, un homme comme on doit en voir nombreux dans ces contrées rurales, et comme ailleurs. Au niveau familial, il pue de tous les pores.
Un autre puant est Steve Kemp, que j'ai eu du mal à me représenter : dans mon esprit, l'artisan soigneux qu'il est ne peut pas être un porc. J'ai donc eu du mal avec ce personnage détestable, et qui reste un déchet tout au long du roman. On ne lui veut que du mal.
Il y a aussi le Docteur Sharp, l'entreprise de Vic et de Roger. SK se permet une grosse parenthèse pour critiquer ouvertement le capitalisme brutal, l'imbécilité de l'actionariat : ça fait toujours du bien !
Le duo de la police est intéressant, entre le retour du shériff Bannerman (Dead Zone), qui a le bon instinct, et l'enquêteur Masen, intelligent mais complètement dans le faux.
Petite prédiction juste avant la fin :
J'en suis à la 300ème page, et Cujo vient de mordre Donna, qui est mal barrée.
Je pense qu'elle va s'en sortir, de même que Tad. Comment ? Grâce à qui ? Je pense que le voisin va venir passer voir ce qu'il se passe, mais qu'il va se faire déchiqueter. Vic va prévenir le shériff, qui se fera aussi sûrement déchiqueter. Comment alors ?
Alors, moi, je ne comprends pas que Donna ne pousse pas la voiture mètres par mètres, remonter dans la voiture à chaque fois pour éviter Cujo, pour descendre ensuite la colline. Peut être à cause des gravillons .. je pense que c'est Tad qui va trouver un moyen de se débarrasser de Cujo. Mais par quel moyen ? Un bout de la fenêtre dans un dernier effort ?
J'ai la rage de ne pas le savoir !
La fin (il ne faut VRAIMENT pas lire ce paragraphe si vous comptez lire un jour ce livre, sinon vous allez avoir la RAGE) :
Quel choc !
Quelle fin cruelle !
J'ai été estomaqué. Je suis papa d'un enfant de 5 ans, j'ai parfaitement identifié Tad à mon enfant.
Je ne m'y attendais pas du tout, Stephen King, pour une fois, ne nous spoile pas avant la fin du livre. On sait juste que ça va finir avant l'après-midi, mais ça, on s'en doute. J'ai été un peu déçu que Donna réussisse seule à abattre Cujo, même si c'était bon, j'étais prêt à cette éventualité (et pourquoi pas ? me disais-je).
Il ne restait plus beaucoup de page, je m'attendais à une happy end ..
Et Vic eut cette phrase maudite ..
Quel choc !
Les adaptations :
Cujo, film de Lewis Teague (1983) :
C'est une bonne adaptation, plutôt énergique pour un huis clos dont l'antagoniste est un chien.
Pourtant, Donna n'arrive dans la ferme des Chambers qu'après 50 minutes de film. Ensuite, ce n'est que tension et abboiements rageux. Les personnages ne sont pas aussi bien travaillés que dans le roman, ça va plus vite, mais ils sont dans le vrai par rapport au roman. La relation entre Joe et Charity manque de profondeur (c'est pour moi l'un des poumon du roman). D'ailleurs, Charity et Brett disparaissent encore plus rapidement dans le livre que dans le film.
Enfin, alors que le roman est assez mineur dans l'oeuvre de Stephen King, l'imagerie de ce film est restée, le saint-bernard est devenu une icône de Stephen King (tout comme le clown, Christine ou l'Overlook). Et c'est à raison !! Quel dressage de ce chien, il fait des mouvements divers, qui semblent très dangereux, ses grognements sont lugubres, son maquillage est parfait. Il est incroyablement effrayant !
Mais, par contre, pourquoi avoir changé la fin ?
Si le film avait conservé la fin du roman, il aurait eu un autre poids, il serait devenu culte.
Mon avis écrit quand j'étais ado, très négatif, ce qui peut expliquer pourquoi j'avais beaucoup d'appréhension d'y retourner :
Cujo n'est pas très passionnant. Ce livre est surtout un livre psychologique dans lequel l'action n'a que peu de place. On s'ennuit dans ce livre dans lequel des épisodes n'ont aucun rapport avec l'histoire. Le scénario est pourtant intéressant et on veut connaître la fin, peu palpitante, le long du livre. Ce livre ne doit pas être long or il a une longueur normale, donc il y a des passages au vide. En fait, ce livre dresse le portrait psychologique d'une femme à travers plusieurs situations désagréables ... Ce livre n'est donc à lire que pour les vrais passionés. Les autres, vous pouvez l'éviter, il y a mieux, vraiment mieux. Meme le film, qui retrace bien les sentiments du livre, n'est pas très passionnant.
L'avis de Lo^ol, une amie lectrice :
C'est un livre que je n'ai pas trop aimé, je trouve que King a fait beaucoup mieux mais il est intéressant parce qu'il arrive à nous tenir en haleine alors que le livre ne comporte réellement que trois personnages : la mère et l'enfant dans une voiture et prisonniers d'un énorme chien, Cujo, sous un soleil torride. Je n'ai pas grand chose d'autre à dire dessus car il ne m'a justement pas trop plu mais certains l'ont tellement aimé que c'est ce livre qui leur a fait lire du Stephen King qui lui même l'apprécie et qui, sous l'effet de certaines drogues à l'époque de l'écriture, ne se souvient pas vraiment l'avoir écrit. (Note : 5/10)