Charlie

Traduction anglaise : Firestarter.
Publication : Août 1980.   

  

Synopsis sans trop de spoil :
Andy et Vicky sont deux étudiants qui se rencontrent lors d'une expérience, un test d'une substance inconnue et secrète, le Lot 6. Ils se fréquentent. On les retrouve (presque) plusieurs années plus tard, une petite Charlène et plusieurs pouvoirs spéciaux dans leurs valises, à fuir un gouvernement qui semble vouloir les étudier, les contrôler, par le biais de La Boîte, une organisation gouvernementale puissante et qui ne recule devant rien. Charlie a un super pouvoir : la pyrokinésie extrême. Et elle intéresse justement beaucoup la Boîte.
Nous allons donc suivre la traque de la famille McGee par des agents du gouvernement brutaux et cyniques, un roman très complotiste de Stephen King.
 
Mon avis global (sans spoil) :
C'est un roman important de la bibliographie de Stephen King, notamment car il fait parti de ses premiers. Je ne suis pas persuadé que ce roman aurait eu la même estime s'il avait été écrit 20 ans plus tard.
C'est un roman correct, avec de bonnes situations, notamment au début du roman. La fin du roman est intéressante, mais traîne un peu en longueur pour le peu qu'il s'y produit. Au final, Charlie a seulement deux excès de colère et de pyrokinésie, les temps d'attente sont un peu longs. J'ai préféré largement les pouvoirs d'Andy, qui sont beaucoup plus raisonnés, plus fréquents, et qui apportent toujours une belle avancée au roman. J'ai adoré l'épisode de l'aire de repos. La relation Andy-Charlie est très bien écrite, le court séjour dans la ferme des Manders est un petit délice, le stratagème d'Andy en fin de roman est un beau suspense.
C'est un livre dont je n'avais pas beaucoup de souvenir, que j'ai relu du coup avec plaisir, mais que je ne souhaiterais pas forcément relire.
 
La structure (je commence à spoiler légèrement) :
Le livre est en deux parties bien distinctes : la traque, puis dans les locaux de la Boîte.
Dans la partie durant laquelle nous suivons la traque des McGee, il y a trois histoires en parallèles sur les 230 pages : le présent d'Andy et Charlie, des flashbacks d'Andy, et les agissements de la Boîte, dans le bureau de Cap ou avec Rainbird. Dans cette première partie, les chapitres, de longueur inégale, ont des noms qui correspondent aux lieux visités.
La seconde partie, de moins de 200 pages, est plus linéaire, passant de la cellule d'Andy à celle de Charlie. Les noms des chapitres n'ont pas beaucoup d'intérêt, et spoile plus qu'ils ne le devraient.
 
Le scénario (je spoile, rappelez-vous en) :
Il est intelligent ce scénario, car tout est installé progressivement. Nous entrons directement dans la traque des deux McGee restants, apprenons très rapidement à connaître leurs deux pouvoirs. En parallèle, dans les flashbacks, placés aux bons endroits, nous faisons la connaissance de Vicky, mais nous apprenons vite aussi son sort. Stephen King ne nous laisse pas nous poser des questions trop longtemps, nous avons souvent directement la réponse : la recherche intellectuelle n'est pas activée, la lecture est cependant fluide.
Au fil de la lecture, ils nous emmènent dans les locaux de la Boîte, et même s'ils semblent lointains en début de lecture, nous finissons au fur et à mesure à identifier les deux protagonnistes : Cap et Rainbird. Ce qui nous permettra plus tard d'identifier les deux nouveaux médecins. Par contre, pour les agents de la Boîte, j'ai l'impression que les descriptions de SK sont surtout présentes pour montrer la rudesse de ces agents, qui semblent ne pas avoir de limite.
Le présent de l'histoire, la traque d'Andy et Charlie, est ponctué de situations intéressantes (l'aéroport, le motel), avant le barbecue de la ferme des Manders, première crise de Charlie, qui remet un peu tout en place. Cette crise est un plaisir à la lecture, bien évidemment.
S'en suit une pause à Tashmore, et une temporalité plus rapide. Plusieurs mois s'écoulent, durant lesquels Andy, Charlie et le lecture, croient en la réussite de leur cachette. La sentence de SK est claire : la Boîte savait où ils étaient, presque depuis le début. Fumiers !
Après l'attaque de Rainbird, se cloture la première partie de l'histoire, la plus intéressante.
Ensuite, nous sommes dans la boîte. Nous avons affaire à plusieurs discussions à deux protagonnistes, entre Rainbird et Cap, entre Pinchot et Andy, entre Charlie et Hockstetter, entre Charlie et Rainbird, puis entre Andy et Cap. C'est interessant, mais ça traîne un peu. La relation entre Charlie et Rainbird n'est pas très bien écrite, je ne l'ai pas trouvée crédible malgré les efforts de SK de la rendre logique, mais la fillette a 7 ans, je peux excuser. Les autres relations sont bien fielleuses, emplies de haines et de pranoïa : la confiance aux autres ne débordent pas des pages de cette histoire.
Le stratagème d'Andy est un retour aux sources très appréciables, et déclenche la fin de l'histoire.
 
Les personnages :
Contrairement aux autres romans de SK, je n'ai pas été bluffé par la qualité des descriptions des caractères des différents personnages.
Ce livre complotiste taille une belle part de ses descriptions à mettre en avant la puissance de la Boîte, agence gouvernementalle secrète où l'individu est moins fort que le collectif.
Andy McGee n'est pas le héros du livre, ni dans le titre français (Charlie), ni celui anglais (Firestarter, qui est le pouvoir de Charlie). Pourtant, c'est globalement dans son esprit que nous suivons cette histoire, celui dont nous avons le plus les doutes et les questionnements. C'est Andy qui prend les décisions, ce sont les pouvoirs d'Andy qui sont les plus intéressants à lire : ce contrôle des esprits est bien pensé, il est bien retranscrit. On en voit les limites (qu'elles soient physiques pour Andy, ou dangereuses pour le mental de ses "victimes"). C'est un personnage très intéressant, qui n'est pas un héros, pensant toujours à sauver sa peau et celle de sa fille. Il est intelligent, mais peu stratégique et parfois un peu mollasson pour prendre des décisions. Il est complètement débordé par le pouvoir de la Boîte, dont il a une peur bleue, une sorte de soumission que l'on croit totale à la fin du roman, mais non, il se rebiffe et refait rejaillir son pouvoir. C'est avec Andy que nous vivons les meilleurs passages du roman.
Charlène McGee est une petite fille de 7 ans qui a un pouvoir énorme. Toute sa relation avec ce pouvoir est une merveille d'écriture : en résumé, elle en a peur, elle le déteste, mais elle aime l'utiliser. Elle aime son père, a parfois plus de réactivité que lui lors des événements. Elle ne brille pas non plus par son intelligence, c'est une vraie fillette de 7 ans. Sa relation avec Rainbird est pour moi un mystère.
John Rainbird est un tueur indien très efficace, qui est complètement dégommé du cerveau. Il souhaite voir la mort dans les yeux de ses victimes, et souhaite mourir dans les bras de Charlie. Le talent de SK est de creuser dans son psyché pour nous tenter de le prendre en affection, avant de nous réveiller en nous rappelant à quel point c'est un psychopathe. Peu attachant, et pas facile à suivre, il reste un bon antagoniste car son instabilité est flippante.
Cap Hollister est le patron de la Boîte. J'ai eu l'impression durant tout le roman qu'il était un gars sympathique, qui menait une vie tranquille, avant de gérer une boîte qui malheureusement lui faisait prendre des décisions horribles. Mais il restait le bonhomme sympathique et bon vivant. Ce n'est pas ce qu'en ont fait les adaptations.
 
La fin :
C'est la deuxième crise de Charlie qui occupe la fin de l'histoire. Trois des quatre personnages sus-cités y passent, au même endroit. L'incendie est énorme, Charlie se lâche complètement.
Pas de surprise, pas d'événements inattendu, c'est la fin que le lecteur voit arriver.
Ce n'est pas mauvais, ce n'est pas transcendant.
Un dernier épilogue créée même une sorte de Happy-End, avec le retour à la ferme des Manders.
 
 
Les films :

Firestarter, de Mark Lester (1984) :
C''est une adaptation très fidèle du roman, et c'est globalement ce qui cloche. On ne peut pas être fidèle à un roman en 1h50 : plusieurs événements sont rushés, les relations entre les personnages sont mal installées. On saute de scène en scène : je me suis demandé si quelqu'un qui n'avait pas lu le livre pouvait comprendre l'histoire. Pour rendre à l'écran le pouvoir d'Andy, ils lui ont fait mettre les mains sur les tempes, c'est assez ridicule à chaque fois.
Le visionnage de ce téléfilm, trop épileptique pour moi, n'a pas été un grand plaisir.
Charlie est interprétée par Drew Barrymore, ce qui je suis sûr fait grimper ses notes sur les différents sites : je ne la trouve pas bluffante. C'est Martin Sheen qui joue Cap, un capitaliste bien salaud. Le pire est Rainbird ... mais quel drôle de choix .. pas du tout le Rainbird que j'imaginais et un jeu de regard méchant catastrophique : la relation entre lui et Charlie en est encore moins crédible.
Je n'ai pas fini ..
... car il y a la fin : la 2ème crise de Charlie. Qu'est-ce que c'est loooonnnggg ... Ca m'a saoûlé. J'ai eu l'impression que tout le film a été rushé, mal joué, pour pouvoir faire boum boum avec des explosifs sur cette dernière scène. Tout le budget du film est parti dans ce feu d'artifice, ça dure 25 minutes. C'est bon, on a compris qu'elle fait tout péter.. calmez vous Monsieur Lester ..
Jusqu'à maintenant, c'est la seule réelle adaptation.
  
Firestarter, sous l'emprise du feu (téléfilm, 2002) :
Franchement, j'ai carrément cru que j'allais passer un excellent moment avec ce téléfilm. Le début est carrément prometteur : on se retrouve avec Charlie qui est une jeune adulte et qui se retrouve bibliothécaire dans l'endroit où sont conservées les documents sur le Lot 6, ou sur elle et ses parents. On la voit avoir du mal à contrôler son pouvoir, notamment quand elle dort, ou quand elle a des pulsions sexuelles (il y a une scène gratuite à la sortie du bar, c'est gratos). Des agents de la Boîte, notamment Vincent, un jeune homme efficace et plutôt vertueux, par à la recherche de cette histoire, et va rencontrer Charlie, et va se faire chauffer. Et bien, toute cette partie là, c'est trop bien. Il y a des décisions intéressantes, des questionnements nouveaux, Charlie est crédible.
Mais malheureusement, il n'y a pas que ça.
Premier couac : les flashbacks présentés, qui n'ont pas beaucoup d'intérêts pour cette nouvelle histoire, et qui semblent n'être présents que pour nous mettre dans le contexte, n'ont aucun rapport avec l'histoire du roman, ni celle du film : pourquoi ? Je n'ai pas compris .. ça ne rajoute rien, c'est juste différent et souvent moins bien.
Et puis, il y a la Boîte, et Rainbird (le retour) qui est à la tête du pensionnat des X-Men (mais dans un local moins classe= ... il y a 5 ou 6 gamins, aux pouvoirs surnaturels, qui sont présentés. Ce seront les antagonistes du film .. et vraiment, je n'en avais rien à faire. Et ça prend la deuxième moitié de ce téléfilm de presque 3 heures ..
Dommage.
 
Firestarter (2022) :
Ce film est l'opposé du premier film.
Le début du film est vraiment excellent. Les relations entre les McGee sont très bien travaillées, tout comme la vie des McGee, et c'est très intéressant. On visionne les craintes des parents de Charlie vis-à-vis de son pouvoir, leurs questionnements sur : apprendre à le maîtriser ou apprendre à l'enfouir. On voit aussi Andy utiliser son pouvoir, Vicky a peur du sien. Toute cette partie se conclue avec Charlie qui fait une crise et brûle les bras de sa mère, puis qui appelle les secours, ce qui va provoquer l'intérêt de la Boîte, dirigée par une femme, plutôt qu'un homme. Le personnage de Rainbird est très bien casté, même s'ils en font une sorte de mutant lui aussi. Jusque là, c'était parfait !
C'est Rainbird lui-même qui va tuer Vicky et déjà se confronter à Andy et Charlie, ce qui empêche beaucoup de situations du roman (notamment l'épisode de l'aire de repos, je suis déçu). Ce sera 'i'un des gros soucis de ce film, c'est que Ranbird sera l'antagoniste unique, la personnification de la Boîte. Il n'y a pas d'agent, et Jane Hollister ne sert vraiment pas à grand chose dans ce film. La Boîte, c'est Raibird, un surhomme du mal.
Ensuite, tout est mauvais.
La famille Manders manque de douceur, le vieil Irv est un crétin sénile, c'est Rainbird qui vient chercher directement le père et sa fille. Pas de crise de pyrokinésie, juste une action moyenne d'Andy. Rien de bien. Andy, ensuite capturé, ne sert plus à rien du film : je rappelle que son pouvoir était ce que je préférais du roman.
Pendant ce temps, Charlie, un peu plus âgée que dans le livre, apprend à maîtriser son pouvoir et aussi le pouvoir de son père, en moins de deux jours, martyrise trois ados, et va faire une opération comando dans un entrepôt gouvernemental sans aucun charme. Un peu de flammes plus loin, elle tue son père, Jane Hallister (qui ne sert à rien), puis elle s'enfuit avec ... Rainbird qui devient son père adoptif. Déjà que dans le roman, leur relation manque de crédibilité, mais là, Charlie sait que c'est lui qui a tué sa mère, tué indirectement son père, et elle s'enfuit avec lui ... c'est NUL !! NUL !! NUL !!!
Charlie, brûle cette horreur !!
 

Mon avis écrit quand j'étais ado, assez complet au final, je suis surpris :
Ce livre se sépare en deux parties, une partie dans laquelle on assiste à une course poursuite entre Andy et Charlie et la Boîte, partie qui débute en pleine poursuite, donc on a bien sûr la fin de la poursuite et aussi le début. On vit à la fois deux histoires passionantes, pendant les pauses de la poursuite en temps réel, on revient à la poursuite en temps passé, ça permet à King de faire paraître les pauses ... cette poursuite est vraiment passionante, on ne sait vraiment pas par quel moyen ils vont arriver à échapper à leurs ennemis... et une fois qu'on trouve trop gros leurs évasions, pas assez réalistes, trop hazardeuses, ils se font prendre, et c'est assez surprenant, assez déroutant, on les retrouve alors dans le bâtiment de la Boîte, pour la deuxième partie du roman. La commence un combat psychologique pour le père et sa fille, difficile pour le lecteur de savoir ce que ça va donner, il y a un traître, on sait, on se doute qu'il va se faire repérer. On croit que le père va se sauver, alors il ne se passe rien, et vice versa ... c'est assez surprenant. La fin est rapide et se déroule en deux trois pages, King ne tergiverse pas ... La surprise et la Spontanéité du récit est la clé du roman. On ne sait pas ce qui va se passer, comment ça va se passer, c'est vrai que les noms des paragraphes n'est pas très bien trouvé, car on connait le scénario dans les grandes lignes, mais on ne sait vraiment pas ce qui va se passer dans le détail, et ça c'est du bon. S. King décrit aussi les méthodes rigoureuses, et assassines du gouvernement, des méthodes qu'il décrit comme inutiles et surtout inhumaines. Un très bon livre !
 
L'avis de Lo^ol, une amie lectrice :
L'un de mes préférés. Il se lit très bien, il ressemble à du Stephen King parce qu'il y a la critique de la société ( déjà vue dans Running Man ) et sur les pouvoirs, la télékinésie qui appraît dès son premier livre ( Carrie ) cette fois utilisée par une petite fille qui apprend à le contrôler, ce qui n'est pas toujours évident...
 

<<<  Retour sur la page de Stephen King.