Chantier
(sous le nom de Richard Bachman)
Traduction anglaise : Roadwork.
Publication : Mars 1981.
Synopsis sans trop de spoil :
Bart Dawes n'est pas content !
Une extension d'autoroute se construit dans sa ville, et elle détruira sa maison et sa blanchisserie. Quelque chose se brise alors dans son cerveau, il perd toute conscience de la réalité, plongeant dans une dépression terrible. Le livre nous conte sa pénible chute ..
Comme d'habitude avec les livres de Richard Bachman, aucune trace de fantastique.
Mon avis global (sans spoil) :
C'est sûrement le moins connu des premiers romans de Stephen King. Il fait partie de ces romans que je n'avais pas spécialement envie de relire, je ne m'en rappelais pas de tout, surtout de la fin.
Ce roman se lit bien, malgré une longueur assez importante par rapport à ce qu'il se passe. On suit donc la descente aux enfers de Bart Dawes, c'est assez déprimant. Je n'ai pas du tout été touché par ce personnage, je n'ai pas eu d'empathie pour lui. Sa lutte face aux méchants promoteurs n'est pas très bien retranscrite, ni même logique.
Pour moi, c'est un roman dont le thème peut marquer, mais dont les événements sont assez insignifiants, même si j'ai eu plus de plaisir à le relire que je ne l'aurais cru.
La structure (je commence à spoiler légèrement) :
Ce livre est découpé par jour. Chaque chapitre a pour titre sa date du jour, sachant que dès l'introduction, on connait la date du dernier jour.
Chaque mois correspond aussi à une période bien définie. Le mois de novembre est la phase du déni auprès des autres. Ca se termine par l'explosion finale de la vie de Bart, le 30 novembre : il est viré de la blanchisserie, sa femme le quitte.
Le mois de décembre correspond à la descente aux enfers de Bart, la dépression, la perte de la réalité.
En janvier, c'est la mise en oeuvre de la joute finale.
Le scénario (je spoile, rappelez-vous en) :
Le roman nous livre une très belle chute dans les profondeurs de la dépression. Dès le début du livre, on connait la situation de Bart Dawes, et dès le début, SK nous fait comprendre qu'il ne va pas réagir, il ira jusqu'au bout. Donc on attend les conséquences de son déni tout le long du livre.
Au début, on suit Bart détruire sa vie : son mariage, son boulot. Il le fait avec efficacité, se renfermant dans sa stupeur.
Bart creuse sa dépression en décembre, le passage avec Olivia est rafraîchissant. C'est le passage le plus long du livre, celui que souhaitait sûrement écrire SK. Les passages chez le mafieux local sont assez sympathiques car il comprend que Bart est devenu fou, et le traite comme tel.
Les personnages :
Il y a un personnage, Bart Dawes, que l'on suit du début jusqu'à la fin du livre. Il semblait avoir trouvé un équilibre après la mort de son fils, mais cet équilibre mental va voler aux éclats quand la construction de l'autoroute va se lancer. Pourtant, sa vie n'est pas finie, il n'arrive juste pas à réagir, à s'adapter. J'ai eu beaucoup de mal avec ce personnage : je n'aime pas Bart et son égo-centrisme, et je ne sais pas si la volonté de Stephen King était qu'on l'apprécie ou non. Au début, j'ai cru que non, mais la dernière page du roman (qui justifie un peu ses agissements) chamboulle un peu mon avis. La dépression n'est pas un état qui titille profondément mon empathie.
Quelques personnages secondaires sont présents : Mary, la femme de Bart, est assez transparente et assez neuneu : elle ne perçoit pas la gravité de la dépression de Bart. J'ai eu de la sympathie pour Ordner, le patron de la chaîne de blanchisserie, qui finit par remarquer la folie de Bart.
J'ai apprécié le passage avec Olivia, elle posait de bonnes questions, Bart était enfin honnête (même s'il était parfois cynique). Je n'ai pas trouvé l'intérêt de la coucherie ..
J'ai aussi apprécié les entretiens avec Magliore, personnage peu crédible, mais qui permet à Stephen King de critiquer les agissements de Bart.
Juste avant la fin :
J'ose faire une prédiction, car je n'ai pas l'impression de connaître la fin de l'histoire. J'en suis à la page 351/413, le 12 janvier, Bart va rejoindre les lascars de Magliore.
Je pense que ça va mal se finir, Bart va aller jusqu'au bout, dans une sorte de dernier baroud de folie : il va sûrement utiliser la grosse arme achetée au premier chapitre, dont on n'a quasiment plus jamais entendu parler. Il va sûrement être abattu : ça me ferait kiffer que ce soit dans une indifférence générale totale, comme un gros loser, mais je n'y crois pas, j'imagine que Mary sera présente.
Ca ne va bien sûr pas du tout empêcher l'autoroute de passer, ni perturber le quotidien du voisinage, un coup d'épée dans l'eau médiatique, mais sans conséquence.
La fin :
Ca se termine par une pluie de balles sur la maison de Bart, qui se barricade et commence à tirer sur la police venue l'expulser. C'est une fin assez banale, qui m'a plutôt déçu.
Mon avis écrit quand j'étais ado, c'est très surprenant, j'avais un avis complètement différent :
On aime cet homme, et tout s'acharne sur lui. Il devient fou, mais on le comprend. Il perd tout et on est triste pour lui. Et onveut savoir ce qu'il va devenir. Et c'est ça le fil conducteur de ce livre, qui est quand même long, mais on ne sent pas du tout sa longueur. Stephen Kingsurprend encore dans ce livre sous son pseudonyme. Il démontre encore son talent et sa capacité à ne pas écrire des livres seulement fantastique. Celui-là parle de la vraie vie et il est très palpitant, très intéressant et émouvant.