Carrie
Traduction anglaise : Carrie.
Publication : Avril 1974.
Synopsis sans trop de spoil :
Tout d'abord, Carrie est le premier roman de Stephen King publié, sauvé de la poubelle par Tabitha, la femme de SK. C'est toujours bien de le savoir avant de le lire.
Carrie est une lycéenne, souffre-douleur de ses camarades, qui vit dès les premières pages un tournant dans sa puberté.
Des questionnements vont naître chez Carrie, notamment face à sa mère très religieuse. Et des pouvoirs télékinésistes vont ressurgir chez elle.
La fin du lycée approche, et un certain Tommy Ross invite Carrie au bal de fin d'année.
Mais un drame va s'y produire ..
Mon avis global (sans spoil) :
C'est d'abord un livre marquant : c'est le premier de SK, et surtout, l'histoire de Carrie est devenue (j'en ai l'impression) un classique de la culture pop, grâce au film surtout, mais aussi l'histoire tout basiquement.
C'est un livre facile à lire : il est court (environ 240 pages), assez rythmé avec plusieurs petites parties, et surtout l'histoire est simple et limpide.
Je ne trouve cependant pas les thèmes de ce livre très passionnants, le harcèlement entre adolescents et la religion fanatique ne sont pas forcément des thèmes qui me transcendent.
Je l'ai quand même dévoré, même dans ma deuxième lecture, surtout la deuxième partie.
Mais surtout, je le répète, c'est un livre qu'il faut avoir lu !
La structure :
Le livre est séparé en deux parties. La première partie est une grosse introduction, avec l'introduction des méchancetés sur Carrie, ses questionnements, ses doutes, et bien sûr la préparation du bal de fin d'année. Cette première partie est entrecoupée par plusieurs extraits d'études sur le télékinésisme (je n'ai pas souvenir avoir lu ce genre de concepts scientifiques dans les autres romans de SK), des témoignages du massacre qui va bientôt avoir lieu, des moments du passé. C'est du pur Stephen King qui nous amène rapidement à l'intérieur de son histoire. Cette introduction est dynamique, nickel.
La deuxième moitié du livre est le massacre du bal, et personnellement, je n'ai pas décroché du livre, j'ai dévoré ce récit un peu plus linéaire, où quelques témognages apparaissent, avec des extraits Questions/Réponses tirés de tribunal.
Le scénario (à partir de cette rubrique, je spoile) :
Je n'ai vraiment rien à dire sur le scénario, il me semble assez limpide, parfait, je n'ai pas eu de regrets sur les choix faits par Stephen King.
Il y a juste un passage qui m'a posé question : c'est quand la salle entière se met à rire de Carrie. Mais pourquoi ? Ca ne concorde pas avec le bon accueil qui est fait à Carrie à son arrivée dans le bal. Et puis, les rires débutent quans Tommy Ross se fait assommer par le seau, et lui est vraiment un leader ..
Une fois ces rires passés, tout le reste me convient, le pétage de plomb et celui de la ville est démentiel, sans aucune limite. Dans le début du roman, la douche, la repentance de Susan, le père de Chris, la ferme à cochon, la folie de la maman, tout me convient.
Les personnages :
Outre la parfaite Carrie, les autres adolescents sont crédibles : j'ai surtout bien aimé le personnage de Tommy Ross, le footballeur star du lycée qui n'est pas le cliché du bourrin. Il est gentil, humain, intelligent, et ... c'est le premier à y passer : zut. Les personnages féminins sont crédibles, Sue dans sa repentance, Chris dans sa haine de pimbêche de riche (bien aidée par son papa : l'entretien avec le directeur est assez jouissif).
Le seul adolescent qui me dérange est Billy : je ne le situe pas dans la ville (lycéen, loubard ?), il a l'air fourbe, chef d'une bande (de losers décérébrés), mais manipulé par Chris, et au final méchant avec Carrie : mais pour quelle raison ? Juste parce que c'est un méchant ?
La professeure Desjardins manque souvent de retenue dans ses actes.
La maman de Carrie est démente, elle perd un peu en réalité .. mais il fallait sûrement perdre cette réalité pour que la situation de Carrie soit si critique. Un peu comme pour Billy, Margareth est trop extrêmiste.
La fin :
La fin du livre est la moitié du livre.
J'adore la balade destructrice de Carrie, qui se poursuit chez sa mère, puis jusqu'à la boîte de nuit. C'est Susan qui conclue logiquement le livre, ce sont ses témoignages qui ont rythmé le livre.
Elle est bien cette fin !
Les films :
Carrie au bal du Diable, de Brian de Palma (1976) :
C'est aussi la première adaptation d'un roman de SK, alors que celui-ci n'était pas encore connu. Brian de Palma (il n'est pas encore le réalisateur célèbre, mais a déjà eu quelques succès) est tombé amoureux du livre, et a voulu l'adapter. Très bien !
Le début du film est, je trouve, excellent. On retrouve tous les personnages du livre, quelques ajouts intéressants, quelques manques (les éléments du passé, la scène du papa de Chris m'a manqué ..). On est même surpris d'y voir John Travolta en Billy.
Et puis, il y a l'épisode du seau de sang. La scène est très longue pour y arriver : (53' : Tommy passe prendre Carrie ; 1h07'30 : ils sont le couple gagnant ; 1h12'30 : le seau tombe ...). Je trouve l'attitude de Tommy Ross surprenante dans le film : il roule des patins à Carrie, alors que .. beh .. il ne devrait pas ... enfin, ça ne correspond pas du tout au personnage, et dans ce cas, la psyché de Carrie doit être perçue, mais là, rien ..
Mais ce n'est pas fini, le seau finit par tomber (pour arroser partiellement Carrie, un peu loupé je pense). Gros silence dans le film (seul le bruit d'un seau), on voit le public qui est abasourdi, Norma seulement rigole, mais tout est dans un gros silence pesant. Et ensuite, une sorte de kaléidoscope (so années 80') où Carrie imagine les rires de la foule (elle a plus de sang), puis juste ensuite, ils rient tous, et c'est incompréhensible. Déjà que ce passage me déplaisait dans le livre de SK, là, c'est pire que tout.
Ensuite, l'écran se divise, et Carrie devient le démon, et tue tout le monde. Le point de vue n'est plus du tout le même que dans le livre : je m'explique. Carrie est une ado timide, introvertie, et considérablement harcelée, maltraitée par ses camarades. Lors du bal, tout se déchaîne contre elle, jusqu'à ce dernier croche-pied hyper fourbe. Elle sort de la pièce en pleurs, et revient avec une fureur destructrice aveugle, une envie de tout faire péter sans aucun discernement, un coup, elle pète un cable, complètement, et ira jusqu'à TOUT détruire. Dans le film, c'est un peu différent, Carrie réagit plus rapidement, et surtout elle vise carrément avec ses yeux effrayants (bravo l'actrice) ceux qui se font tuer, par vengeance, elle tue même volontairement Mrs Desjardins, il n'y a plus vraiment de pétage de plomb, mais juste une vengeance .. La différence de point de vue est ténue, mais elle modifie toute la perception de Carrie. Dans le livre, on la plaint, dans le film, elle nous inquiète. Dans le livre, elle meurt dans les bras compatissants de Sue. Dans le film, elle termine dans un cauchemar de Sue. Le livre est un livre contre le harcèlement, le film se veut comme un film d'horreur. C'est pas les mêmes.
Et du coup, il n'y a pas de folie destructrice incontrôlée dans la ville, Chamberlain s'en sort bien. Juste Margareth qui y passe (c'est encore long) .. et il n'y a pas de retour de Sue (qui était au bal dans ce film) auprès de Carrie
Jusqu'à la 53ème, c'était excellent.
Carrie 2, la haine (1999) :
Une suite à Carrie ? Il fallait oser ! Ils l'ont fait ...
Et ce n'est pas complètement stupide : la belle-soeur de Carrie pour la télékynésie, Sue en psycho dans le lycée, la ville oubliée .. c'est crédible.
Mais il y a un soucis de taille avec ce film : Rachel est une jeune gothique qui ne vit pas forcément la même horreur que vivait Carrie : pas le même harcèlement répété, méchant des autres, elle sait réagir face aux remarques et moqueries des autres, elle est réfléchie, maîtrise la sociabilité, a un petit ami avec qui tout va bien. Rien à voir avec Carrie.
A la moitié du film, je me suis dit : c'est pas possible, elle ne peut pas péter un câble là, y'a rien pour faire péter un câble ..
Et bien loupé, Rachel va péter son câble après avoir subi en quelques minutes des grosses saloperies de gens qui n'avaient aucune raison de le faire : tous les invités de la fête ? Tous ? Pas un seul pour dire que c'est une saloperie ?
Et la réaction de Rachel est complètement ahurissante, hyper gore, Sue y passe en quelques secondes (non mais la Sue qu'on adore ... un pieu dans le crâne ...).
Bref, pas crédible.
Et pas un grand film, pas un bon film ..
Carrie, la vengeance (2013) :
Mais il est parfait ce film, vraie nouvelle adaptation du roman, remake du film de De Palma aussi (il y pioche des choses). C'est un remake, donc forcément ce film va déplaire.
Mais quasiment tout me convient dans ce film. Il est réel et cruel, d'une tristesse digne du roman, rien à voir avec l'horreur de celui de De Palma, ni avec le gore de Carrie 2. Certes, il y a du gore, et un peu d'horreur, mais c'est la tristesse de Carrie qui prédomine.
Tout y est intelligent, l'intéraction entre les personnages, les actes, les modifications du scénario, le choix des scènes. Le roman est parfaitement mis en scène, on y retrouve globalement l'état d'esprit, quelques passages que j'avais adoré, le film reprend aussi des bonnes idées du film de De Palma, puis en rajoute d'autres, avec tout le côté moderne (les portables, etc..) et des choix malins : la mort de Tommy dans les bras de Carrie, ce qui provoque la destruction (et le silence du public, contrairement au film de De Palma), la fin dans la maison (Sue, pluie de pierre). Bon, allez, là encore, Carrie vise certains élèves pour se vanger, mais c'est ciblé plus intelligemment que dans la version de De Palma. Par exemple, elle sauve Mrs Desjardins, et même Sue. Et puis, la destruction de la ville aurait pu être amplifiée.
Le personnage de Carrie est parfait, c'est exactement cette Carrie, timide, mal à l'aise avec la société, persécutée, que je voulais voir. Sa tristesse se mélange parfaitement avec sa haine à la fin : chapeau l'actrice ! D'ailleurs, elle est excellente sur tout le film : sa Carrie est attachante comme jamais, on a la haine de Chris et des persécuteurs, comme dans le livre. C'est Parfait ! Tommy Ross l'est aussi : c'est juste un garçon adorable et bien élevé (et il y a la scène entre Sue et Tommy, avec une vraie réaction humaine de Tommy). Le lien entre Carrie et Margareth (jouée par une Julianne Moore carrément flippante) est du pur Stephen King. Même Chris est malsaine comme il le faut, les lycéens sont bien aussi (ils rigolent un peu facilement .. mais c'était de toutes façons un défaut du bouquin). Ce film est Humain, c'est du Stephen King !!
C'est la meilleure adaptation de Carrie, dans le scénario, le traitement du personnage, l'ambiance de fond, et je trouve en plus ce film plus agréable à regarder que celui de De Palma (bon, la mise en scène est peut être aussi plus passe-partout, mais il y a de bonnes idées de réalisation aussi ...). Sur tous les points, il est meilleur que son prédécesseur, son seul défaut est d'arriver 35 ans après (et je suis outré des critiques sur Allociné .. notamment les critiques Presse).
Regardez Carrie, la Vengeance !
Mon avis écrit quand j'étais ado, sans trop d'avis au final :
Deux parties dans ce livre : la première on découvre l'existence malheureuse de Carrie, partie dans laquelle le talent de Stephen King de pouvoir dresser un portrait psychologique est indéniable. Dans la deuxième partie, on a le droit à une véritable scène d'horreur dans laquelle le portrait psychologique de Carrie est toujours traité .Bref, c'est un livre très porté sur la psychologie de Carrie et une critique vive de la société américaine en rapport aux malheurs de Carrie. Le livre est passionnant et court, permettant de ne pas s'ennuyer et de profiter de la fin avec plaisir, car elle est plaisante. De plus, ce livre est le premier réel succès de Stephen King, le livre qui le révéla au grand public.!
L'avis de Lo^ol, une amie lectrice :
Aye, comment le critiquer alors que c'est le livre qui est à l'origine du succès de Stephen King ? Encore une fois j'ai aussi vu le film qui est bien fait, et assez fidèle au livre. Que dire ? Présence du surnaturel, la télékinésie cette fois, le tête de turc de tous les élèves du lycée va apprendre à métriser ce pouvoir et se venger, la survivante est traumatisée à vie. Mon commentaire est bref, ce livre ne m'a pas particulièrement accrochée.